Le silence où l'enfant commence à VOIR.
- Beata Wiśniewska-Kowalewska
- 27 avr.
- 3 min de lecture
La plus belle chose que nous puissions offrir à un enfant,
c'est l'espace -
où son imagination peut être libre.

L'enfant n'a pas besoin d'images toutes faites
pour voir.
Il a besoin d'un espace où il peut se rencontrer lui-même.
Il existe des images qui n'expliquent pas le monde.
Qui ne dictent pas de sens.
Qui ne disent pas où regarder ni quoi voir.
Elles laissent de la place.
Et c'est précisément dans cet espace que quelque chose d'extraordinaire commence à se produire.
L'enfant s'arrête.
Il regarde.
Et il ne cherche pas de réponse
car personne ne la lui a donnée.
Au lieu de cela… il commence à découvrir.
Peut-être qu'aujourd'hui il verra de la lumière dans le tableau.
Demain - du mouvement.
Dans quelques jours - quelque chose qui n'y était pas auparavant.
Et chacune de ces réponses sera vraie.
Parce qu'elle n'a pas été imposée.
Quand je pense à l'art pour les enfants,
je ne vois pas de besoin de simplifier.
Je vois un besoin de confiance.
En leur sensibilité.
En leur façon de voir.
En ce monde qui existe déjà en eux - avant même que quelqu'un n'essaie de le nommer.
Car l'enfant n'arrive pas vide.
C'est nous, les adultes, qui remplissons souvent trop vite cet espace
d'images, d'histoires et de significations préétablies.
Avant que la sienne n'ait le temps de surgir.
C'est pourquoi je me sens de plus en plus proche d'un art
qui ne guide pas.
Qui n'est pas une instruction.
Qui n'est pas une réponse.
C'est une présence.
Une présence auprès de laquelle on peut simplement être.
S'arrêter.
Ressentir.
Sans la pression de comprendre.
L'abstraction,
bien que souvent jugée difficile -
en réalité,
ouvre le plus grand nombre de portes.
Elle n'enferme pas l'imagination dans des formes connues.
Elle ne limite pas.
Elle permet à l'enfant d'être le premier interprète.
Le premier explorateur.
Le premier à donner un sens.
Et c'est peut-être là que naît ce qu'il y a de plus précieux -
la liberté de voir.
Parfois, je ressens en moi une nostalgie silencieuse…
celle de n'avoir pas grandi dans un tel espace.
De n'avoir pas eu de tableau qui aurait évolué avec moi.
Qui ne m'aurait pas dit ce que je devais voir -
mais m'aurait permis de découvrir.
Et c'est peut-être pour cela qu'aujourd'hui, je crée différemment.
Non pas pour expliquer.
Mais pour laisser de la place.
Car l'art n'a pas besoin de guider pour être présent.
Il n'a pas besoin d'expliquer pour être vrai.
Parfois, il suffit
qu'il ne prenne rien.
Qu'il ne ferme pas.
Qu'il ne presse pas.
Qu'il laisse être.
Et dans cet espace ainsi laissé,
l'enfant peut rencontrer quelque chose
qui n'appartient qu'à lui.
Sa propre image.
Son propre ressenti.
Sa propre façon de voir le monde.
Et c'est peut-être là
que commence la véritable relation avec l'art.
Non pas dans ce qui a été montré -
mais dans ce qui a pu naître.
Il y a
plus de 20 ans,
je peignais des mondes subtils sur les murs de la chambre de mon fils.
Je peignais pour ouvrir l'espace.
Pour l'imagination.
Pour les rêves.
Pour ce monde qui n'a pas besoin d'être nommé pour être vrai.
Parfois, je pense encore à ces murs d'il y a des années.
À cet enfant qui s'endormait près des images,
sans savoir encore que ce qu'il voyait lui permettait de créer son monde et son imaginaire.
Parfois je me demande à quel point nos vies changeraient si, enfants, nous avions eu plus d'espace pour notre propre imagination…
Je ne t'appelle pas.
Je suis, tout simplement.
Je laisse une trace colorée…
pour que quelque chose en toi retrouve son chemin.
Beata | Peinture haptique. Atelier BWK






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